Bénévole heureux vs bénévole épuisé, comment accompagner l'investissement des bénévoles pour les protéger

Grande cause de l’année 2025, la Santé mentale est un sujet aussi complexe que passionnant. Nous avions envie d’interroger le lien entre santé mentale et bénévolat et de réfléchir à la santé mentale de nos bénévoles. Le bénévolat a-t-il une influence positive ou négative sur la santé mentale ? Nous avons interrogé les associations.
Petit dej' interassociatif ☕️··7 mins de lecture

Le Petit Dej interassociatif c'est un moment convivial et intéressant qui rassemble les référents de l’engagement, de la mobilisation des bénévoles, du réseau des associations partenaires de Benevolt. Le concept est simple : en visio ou en présentiel, pendant 1h30 un jeudi matin tous les deux (ou trois) mois, on se retrouve entre pairs pour échanger autour d’un sujet. Généralement, ce sujet est proposé par un ou plusieurs participants.

Cet article est nourri des échanges et idées apportés par les participants.

Santé mentale, de quoi parle-t-on ?

La santé mentale est un concept complexe et multidimensionnel, qui englobe bien plus que l'absence de troubles mentaux. 

La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne :

  • Réalise son potentiel : Elle est capable d'exploiter ses capacités et ses talents.
  • Fait face aux difficultés normales de la vie : Elle est résiliente face aux défis et aux stress du quotidien.
  • Travaille de manière productive et fructueuse : Elle est capable de contribuer à la société par son travail ou ses activités.
  • Contribue à la vie de sa communauté : Elle participe activement à la vie sociale et collective.

Points importants à retenir :

La santé mentale est un état dynamique et fluctuant, influencé par de nombreux facteurs (biologiques, psychologiques, sociaux, environnementaux).

Elle ne se limite pas à l'absence de troubles mentaux, mais englobe également le bien-être émotionnel, psychologique et social.

La santé mentale est essentielle pour le bien-être général et la qualité de vie.

En résumé :

La santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de s'épanouir, de faire face aux difficultés de la vie et de contribuer à la société. C'est une composante essentielle de la santé globale.

Bénévolat et santé mentale

A première vue, le bénévolat a un impact positif sur la santé mentale.

Si on reprend les éléments cités plus haut, le bénévolat permet de contribuer à 

  • Réaliser son potentiel : Nombreux sont les bénévoles qui utilisent des compétences dans leurs missions de bénévolat (je pense par exemple aux retraités, mais également à toutes celles et ceux qui apportent des savoirs faires dans les associations qu’ils ou elles fréquentent)
  • Faire face aux difficultés normales de la vie : Pour s’investir bénévolement dans une association, il faut avoir une forme de disponibilité psychique. Si je suis saturée par mon quotidien, que je n’arrive pas à faire face, je ne peux pas trouver les ressources nécessaires en moi-même pour faire du bénévolat.
  • Travailler de manière productive et fructueuse : Je ne vous fais pas un dessin. Le bénévolat permet d’être dans l’action, de se sentir utile et, pour peu qu’on ait une action directe, on peut mesurer son impact assez facilement.
  • Contribuer à la vie de sa communauté : pareil, pas de besoin d’un dessin. On améliore la vie des populations vulnérables, on s’investit bénévolement dans son territoire, à échelle locale et on se sent utile auprès de son entourage grâce au bénévolat.

J’ajouterai que dans la majorité des cas, les bénévoles ressentent du plaisir dans l’activité, éprouvent de la satisfaction en fin de mission ou quand un projet abouti et se valorisent narcissiquement, ou identitairement par le statut de bénévole. Que du positif, donc. Le bénévolat pourrait être prescrit sur ordonnance !

Et pourtant…

Les risques et défis pour la santé mentale des bénévoles

Sans annuler les effets positifs du bénévolat sur la santé mentale, certains comportements sont à risque et méritent l’attention des associations pour freiner leur propagation, voire les éviter.

  • Épuisement et burn-out :

L'engagement excessif, le manque de limites claires et la pression peuvent mener à un épuisement émotionnel et physique.

Cela est particulièrement vrai dans les situations où les besoins sont élevés et les ressources limitées.

L'engagement bénévole, bien que source de satisfaction, peut parfois mener à l'épuisement. De nombreux témoignages recueillis lors de nos échanges illustrent cette réalité, notamment pour les bénévoles dirigeants. Pierre (ECTI) alerte sur l'épuisement des bénévoles et la difficulté à assurer la relève. Alexandra (ADMR 21) se demande comment protéger les bénévoles face à cet épuisement. Sixtine (Emmaüs Connect) constate que même les référents de pôles, malgré les propositions de relève, peinent à déléguer, ce qui contribue à leur surcharge. Margaux (Planning Familial) souligne les difficultés de renouvellement dans les associations départementales, un facteur qui peut aggraver la fatigue des bénévoles en place. Philippe (Fédération Française des Diabétiques) résume la situation en expliquant qu'il ne gère que des problèmes de dirigeants qui partent sans trouver de remplaçants. Ces témoignages convergent vers un constat préoccupant : l'épuisement des bénévoles est une problématique majeure qui menace la pérennité de nombreuses associations.

  • Charge émotionnelle et traumatisme indirect :

Les bénévoles qui travaillent avec des populations vulnérables ou qui sont exposés à des situations difficiles (par exemple, les sans-abri, les personnes en deuil, les victimes de violence) peuvent éprouver une charge émotionnelle intense.

Ils peuvent également être sujets à un traumatisme indirect, en ressentant les effets du traumatisme vécu par les personnes qu'ils aident.

​​La charge émotionnelle est une autre dimension importante à considérer. Les bénévoles qui interviennent en situation de crise, comme le souligne Orianne (Croix-Rouge Française), ou ceux qui participent à des actions particulièrement éprouvantes, comme ceux qui organisent certaines collectes mentionnées par Louise-Anne (Fondation des Femmes), peuvent être confrontés à des situations difficiles qui ont un impact sur leur bien-être.

  • Sentiment d'impuissance et de frustration :

Face à des problèmes complexes et persistants, les bénévoles peuvent se sentir impuissants et frustrés, ce qui peut entraîner une baisse de motivation et un sentiment de désespoir.

Le manque de moyen peut aussi créer un sentiment d'impuissance.

Le sentiment d'impuissance et de frustration peut également peser sur les bénévoles. Margaux (Planning Familial) témoigne de la frustration liée à la baisse des financements qui limite l'impact des actions. Alice (Fondation pour la Recherche Médicale) relate l'expérience d'un comité qui, malgré ses efforts, a connu un échec cuisant, illustrant le sentiment d'impuissance qui peut parfois accompagner l'engagement bénévole.

  • Conflits et tensions interpersonnelles :

Il est parfois difficile de maintenir un équilibre sain entre l'investissement bénévole, la vie personnelle et professionnelle. Le travail en équipe, en particulier dans des situations stressantes, peut engendrer des conflits et des tensions, ce qui peut nuire au bien-être des bénévoles.

Les relations interpersonnelles au sein des équipes bénévoles peuvent également être source de tensions. La mise en place d'un comité de gestion des conflits par Amnesty International France, comme le souligne Maxime, témoigne de la nécessité de prendre en compte cette dimension.

J’ajouterai que des facteurs de vulnérabilité sont à prendre en compte :

  • Les bénévoles qui ont déjà des antécédents de troubles de santé mentale sont plus susceptibles de ressentir les effets négatifs du bénévolat.
  • Les bénévoles qui ne bénéficient pas d'un soutien adéquat de la part de leur organisation peuvent être plus vulnérables.

Il faut souligner l'importance de la prévention et du soutien :

  • Les organisations bénévoles ont la responsabilité de mettre en place des mesures de prévention de l'épuisement professionnel et de fournir un soutien adéquat à leurs bénévoles.
  • Il est essentiel que les bénévoles soient conscients de leurs limites et qu'ils apprennent à prendre soin de leur propre bien-être.

Face à ces défis, il est crucial de mettre en place des mesures de prévention et de soutien. De nombreuses initiatives témoignent de cette prise de conscience. Oriane (Croix-Rouge Française) mentionne la mise en place de référents santé mentale, d'un numéro d'astreinte et de l'intervention de psychologues. Céline (Plateforme du volontariat à Bruxelles) souligne l'importance d'une coordination dédiée et d'espaces d'écoute pour les bénévoles. Philippe (Fédération Française des Diabétiques) insiste sur la nécessité d'une structure solide avec des missions bien définies, de la formation et du suivi des bénévoles. Louise-Anne (Fondation des Femmes) met en avant l'importance de la formation et des rencontres en présentiel pour créer du lien et renforcer les compétences. Maxime (Amnesty International France) évoque les efforts pour clarifier les rôles, mettre en place des dispositifs de signalement et gérer les conflits. Claire (Fondation Raoul Follereau) travaille sur la clarification des missions et la planification de la relève. Enfin, Céline souligne l'importance de lever le tabou du départ du bénévole et de questionner régulièrement son bien-être. Toutes ces initiatives convergent vers un objectif commun : prendre soin de la santé mentale des bénévoles et assurer la pérennité de leur engagement.

Les bénévoles de gouvernance sous haute surveillance

Assez vite, les bénévoles de gouvernance ont été au cœur des échanges entre les participants. La question de la durée ou du cumul des mandats est un sujet de réflexion important pour de nombreuses associations car elle a un impact direct sur l’épuisement des bénévoles. Les bénévoles de gouvernance sont souvent très impliqués dans la vie de l’association en tant que gestionnaires, comme dans les projets. Ils et elles se sentent fréquemment accablé·es par le poids des responsabilités et expriment l’envie de passer la main, comme l’impossibilité à quitter l’association (voir notre guide sur la gouvernance associative), souvent par faute de remplaçants comme le souligne Margaux (Planning Familial)

Pour protéger ces bénévoles et la solidité de nos structures associatives, des gardes fous peuvent être mis en place.

Pierre (ECTI) suggère de limiter les mandats pour faciliter les départs, Séverine et Sixtine (Emmaüs Connect) s'interrogent sur la durée idéale des mandats, oscillant entre la nécessité de renouvellement et la difficulté à trouver des bénévoles disponibles. Alice (Fondation Recherche Médicale) trouve que les mandats de 2 ans renouvelables 3 fois sont un peu longs et préférerait une durée plus courte. Par contre, elle apprécie que la Fondation ait instauré une limite d’âge à 75 ans. Claire (Fondation Raoul Follereau) travaille sur la planification de la relève et la clarification des missions, des éléments essentiels pour assurer une transition sereine et éviter l'épuisement des bénévoles. Ces témoignages montrent qu'il n'y a pas de solution unique et que chaque association doit trouver un équilibre adapté à son contexte.

Quoiqu’il en soit la limite de durée est un garde-fou donné au bénévole. S’il n’y en a pas, le bénévole sait qu’il doit partir mais il peut être devenu tellement incontournable avec le temps que les bénévoles n’ont pas envie de le remplacer.

Comment s’assurer de n’avoir que des bénévoles heureux?

Ce sera l’objet de notre prochain Petit déj’ de juin où nous travaillerons ensemble sur la question de la bientraitance et où nous essayerons de créer un outil pour assurer un cadre bientraitant dans nos assos.

En attendant, je vous invite à parcourir les ressources suivantes qui nous ont aidé à préparer ce Petit déj:

Merci pour leur participation à :

  • Pierre d’ECTI
  • Louise-Anne de Fondation des Femmes
  • Charlène et Elodie de la Ligue contre le Cancer
  • Séverine et Sixtine d’Emmaüs Connect
  • Claire de la Fondation Raoul Follereau
  • Philippe de la Fédération Française des Diabétiques
  • Maxime d’Amnesty International France
  • Muriel de Règles Élémentaires
  • Christelle et Marine de l’ADMR 21
  • Orianne et Lisa de la Croix-Rouge Française
  • Cilia d’AFM Téléthon
  • Isabelle de la Fédération des Usagers de la Bicyclette
  • Marion de la Fondation Abbé Pierre pour les logement des défavorisés
  • Chloé de la Ligue de Protection des Oiseaux
  • Margaux du Planning Familial
  • Céline de la Plateforme francophone du Volontariat
  • Alice de la Fondation pour la Recherche Médicale